Introduction : ne pas céder à la panique
Vous avez livré une prestation, envoyé votre facture, et pourtant... le paiement ne vient pas. Les jours passent, l'échéance est dépassée, et le silence de votre client commence à peser. Si cette situation est malheureusement courante — on estime que près d'une facture sur quatre est payée en retard en France — elle n'est jamais une fatalité.
Trop de professionnels, par méconnaissance des recours existants ou par crainte de détériorer la relation commerciale, laissent traîner des impayés pendant des mois. Or, plus le temps passe, plus le risque de ne jamais recouvrer la somme augmente. Le Code de commerce est pourtant clair : le créancier dispose de cinq ans pour agir (article L.110-4), mais attendre signifie aussi risquer la prescription, la disparition du débiteur ou sa mise en liquidation judiciaire.
Voici les cinq étapes, par ordre de gravité croissante, pour récupérer légalement une facture impayée. Chacune constitue un prérequis pour la suivante.
Le recouvrement suit cinq étapes de gravité croissante : relance amiable, relance écrite formelle, mise en demeure par avocat, injonction de payer, puis assignation en justice. La mise en demeure par avocat est le tournant décisif : environ 30 % d'entre elles aboutissent au paiement sans qu'il soit nécessaire de saisir un tribunal.
Vue d'ensemble des cinq étapes :
| Étape | Quand / durée | Points clés |
|---|---|---|
| 1. Relance amiable (téléphone, email) | Dès le lendemain de l'échéance | Vérifier l'oubli, garder une trace écrite, fixer un nouveau délai de 8 à 15 jours |
| 2. Relance écrite formelle (LRAR) | Après 15 à 20 jours sans effet | Décompte des pénalités et de l'indemnité de 40 euros, délai de paiement de 8 jours |
| 3. Mise en demeure par avocat | Si le débiteur persiste dans son silence | Fait courir les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil) ; environ 30 % aboutissent au paiement |
| 4. Injonction de payer | Opposition possible du débiteur sous 1 mois | Procédure sans audience, pilotée par l'avocat ; titre exécutoire en l'absence d'opposition |
| 5. Assignation en justice | 6 à 18 mois selon la juridiction | Créance contestée ; dommages et intérêts et article 700 du Code de procédure civile possibles |
Étape 1 — La relance amiable : téléphone et email
Dès le lendemain de la date d'échéance, la première démarche est la relance amiable. Il s'agit d'un simple rappel, courtois mais ferme, effectué par téléphone ou par email. L'objectif est double : d'une part, vérifier que la facture a bien été reçue et qu'il ne s'agit pas d'un simple oubli administratif ; d'autre part, manifester clairement votre intention d'être payé.
Quelques bonnes pratiques :
- Relancez rapidement — n'attendez pas 30 jours après l'échéance. Un retard de 7 jours suffit pour déclencher un premier appel.
- Gardez une trace écrite — même si vous relancez par téléphone, confirmez systématiquement par email en récapitulant le numéro de facture, le montant et la date d'échéance dépassée.
- Mentionnez les pénalités de retard — des pénalités de retard sont exigibles de plein droit dès le premier jour de retard (article L.441-10 du Code de commerce), ainsi que, depuis 2013, une indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement.
- Fixez un nouveau délai — accordez 8 à 15 jours supplémentaires, pas davantage.
Le taux de succès de la relance amiable est élevé : dans la majorité des cas, il s'agit effectivement d'un oubli ou d'un décalage de trésorerie. Si toutefois le débiteur ne réagit pas, passez à l'étape suivante.
Étape 2 — La relance écrite formelle par courrier
Si vos relances amiables restent sans effet après 15 à 20 jours, il convient d'envoyer un courrier de relance formelle, idéalement par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou, a minima, par courrier simple.
Ce courrier doit impérativement contenir :
- Le rappel précis de la facture (numéro, date d'émission, montant TTC, date d'échéance).
- Le décompte des pénalités de retard et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros.
- Un délai de paiement de 8 jours.
- L'indication que, sans règlement, vous vous réservez le droit d'engager des poursuites.
Cette étape a un double intérêt : elle formalise votre démarche (ce qui sera utile en cas de procédure ultérieure) et elle signale au débiteur que vous êtes déterminé. Cependant, un courrier de relance émis par un créancier seul reste souvent perçu comme peu menaçant. C'est la raison pour laquelle, si le débiteur persiste dans son silence, l'intervention d'un avocat change radicalement la donne.
Étape 3 — La mise en demeure par avocat
La mise en demeure est le tournant décisif du recouvrement. Contrairement à une simple relance, la mise en demeure produit des effets juridiques concrets : elle fait courir les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil) et elle constitue une preuve formelle de la tentative amiable. Attention toutefois : la mise en demeure ne suffit pas à interrompre la prescription de 5 ans — seules une action en justice (même en référé), un acte d'exécution forcée ou une reconnaissance écrite du débiteur l'interrompent (articles 2240, 2241 et 2244 du Code civil). Si le délai approche, il faut judiciariser sans attendre.
Lorsque cette mise en demeure est rédigée et signée par un avocat, son impact psychologique est considérable. Le débiteur comprend immédiatement qu'un professionnel du droit est saisi du dossier et que l'étape judiciaire est imminente. En pratique, environ 30 % des mises en demeure rédigées par un avocat aboutissent au paiement dans les semaines qui suivent, sans qu'il soit nécessaire de saisir un tribunal.
La mise en demeure doit respecter un certain formalisme :
- Être envoyée par LRAR physique (lettre recommandée avec accusé de réception) pour garantir une date certaine et une valeur probante maximale.
- Contenir les termes "mise en demeure" de manière explicite.
- Détailler l'obligation impayée, son fondement juridique (contrat, facture, devis accepté) et les textes applicables.
- Fixer un délai d'exécution raisonnable (généralement 8 à 15 jours).
- Annoncer clairement les suites judiciaires en cas d'inexécution.
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Étape 4 — L'injonction de payer
Si, malgré la mise en demeure, votre débiteur ne règle toujours pas, l'étape suivante est la procédure d'injonction de payer. Il s'agit d'une procédure judiciaire simplifiée, rapide et peu coûteuse, prévue aux articles 1405 et suivants du Code de procédure civile.
Son fonctionnement est le suivant :
- L'avocat dépose une requête auprès du tribunal compétent — le tribunal de commerce pour les litiges entre professionnels, le tribunal judiciaire pour les autres cas.
- Le juge examine la requête sans audience (procédure non contradictoire). Si la créance lui paraît fondée, il rend une ordonnance d'injonction de payer.
- L'ordonnance est signifiée au débiteur par huissier (commissaire de justice). Celui-ci dispose alors d'un mois pour former opposition.
- En l'absence d'opposition dans le délai d'un mois, l'ordonnance — revêtue de la formule exécutoire dès sa délivrance depuis le 1er mars 2022 (il n'y a plus de seconde requête au greffe) — permet de procéder directement à des saisies (article 1422 du Code de procédure civile).
En pratique : l'avocat vérifie en amont que la créance remplit les conditions (certaine, liquide, exigible), chiffre les pénalités et l'indemnité forfaitaire, dépose la requête, puis pilote la signification et, en l'absence d'opposition, l'exécution. C'est ce qui évite les deux écueils classiques de cette procédure : la requête rejetée pour dossier incomplet et l'ordonnance obtenue mais jamais exécutée.
L'injonction de payer est particulièrement adaptée aux créances incontestables, fondées sur une facture, un contrat ou un bon de commande signé. En revanche, si le débiteur forme opposition, l'affaire bascule vers une procédure contradictoire classique.
Étape 5 — L'assignation en justice : le dernier recours
Lorsque le débiteur conteste la créance, ou lorsque la situation juridique est trop complexe pour une injonction de payer, il reste l'assignation en justice. Il s'agit d'une procédure contentieuse complète, devant le tribunal compétent, où les deux parties sont entendues.
L'assignation est rédigée par un avocat et signifiée au débiteur par commissaire de justice. Elle expose les faits, les fondements juridiques de la demande et les pièces justificatives. Le tribunal rend ensuite un jugement qui, une fois devenu définitif, constitue un titre exécutoire.
Cette procédure est plus longue (comptez entre 6 et 18 mois selon la juridiction et la complexité du dossier) et plus coûteuse :
- Frais de signification : 50 à 150 euros.
- Honoraires d'avocat : variables selon le montant du litige et le barreau (la représentation par avocat est obligatoire au-delà de 10 000 euros devant le tribunal judiciaire).
- Droit de plaidoirie : 13 euros.
L'avantage de l'assignation est qu'elle permet de demander des dommages et intérêts en plus du principal, ainsi que le remboursement des frais irrépétibles (article 700 du Code de procédure civile). Le juge peut également ordonner l'exécution provisoire, ce qui permet de procéder au recouvrement avant même l'expiration des délais d'appel.
FAQ — Questions fréquentes sur les factures impayées
Combien de temps ai-je pour récupérer une facture impayée ?
En droit commercial, le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité de la facture (article L.110-4 du Code de commerce). Mais agir rapidement maximise vos chances : une créance de moins de 3 mois a 80% de chances d'être recouvrée, ce taux chutant à 50% au-delà de 6 mois d'inaction.
Quand faut-il faire appel à un avocat pour une facture impayée ?
Dès l'échec des relances amiables : c'est à l'étape de la mise en demeure que l'avocat change la donne, avec environ 30 % de dossiers payés sans procès. Le plus simple est de demander l'audit gratuit de votre dossier : sous 1h, un avocat au Barreau de Paris vous dit si votre créance est recouvrable et quelle action engager (créances B2B ≥ 10 000 € HT).
Quelles pénalités peut-on réclamer pour une facture impayée entre professionnels ?
Entre professionnels, vous pouvez réclamer des pénalités de retard exigibles de plein droit dès le premier jour de retard. À défaut de taux prévu aux CGV, le taux applicable est le taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, soit 12,40 %/an au 2e semestre 2026 ; un taux conventionnel est possible mais ne peut être inférieur à 3 fois le taux légal (8,25 % au 2e semestre 2026). S'y ajoute une indemnité forfaitaire de 40€ pour frais de recouvrement, due de plein droit par facture en retard (article L.441-10 du Code de commerce). Ces sommes s'ajoutent au montant principal de la créance et peuvent être mentionnées dès la première relance.
Quelle est la procédure judiciaire la plus rapide pour récupérer une facture impayée ?
L'injonction de payer est la procédure la plus rapide : non contradictoire, elle permet d'obtenir un titre exécutoire en 8 à 14 semaines sans audience. Elle est réservée aux créances certaines, liquides et exigibles fondées sur un contrat ou une facture acceptée — c'est l'avocat qui vérifie ces conditions et conduit la procédure jusqu'à l'exécution.
Ne laissez pas une facture impayée devenir une créance irrécouvrable
Chaque jour qui passe diminue vos chances de récupérer les sommes dues. Les statistiques sont formelles : une créance de moins de 3 mois a 80 % de chances d'être recouvrée ; au-delà de 6 mois, ce taux chute à 50 %. Et après un an d'inertie, les probabilités deviennent nettement plus défavorables.
La mise en demeure par avocat constitue le meilleur rapport coût/efficacité dans le processus de recouvrement. Elle allie la force de l'intervention juridique à un coût maîtrisé, et permet, dans environ 30 % des dossiers, d'obtenir le paiement sans passer par un tribunal.
Si vous êtes confronté à une facture impayée, ne tardez pas. Commencez par les relances amiables, mais si elles échouent, passez rapidement à la mise en demeure par avocat. C'est souvent l'étape qui fait toute la différence.
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