Droit commercial

Intérêts de retard légaux 2026 : taux, calcul et comment les réclamer

Mis à jour le 25 août 2026 | Par Maître Yankel Bensimhon, Avocat au Barreau de Paris | 9 min de lecture
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Les intérêts de retard : un droit automatique trop souvent ignoré

Chaque année, des milliers d'entreprises françaises renoncent à réclamer les intérêts de retard auxquels elles ont pourtant légalement droit. Par méconnaissance de la loi, par peur de détériorer la relation commerciale, ou simplement par manque de temps pour les calculer, ces sommes restent dans la poche du débiteur.

C'est pourtant une erreur stratégique. Les intérêts de retard légaux remplissent un double rôle : ils compensent le préjudice financier causé par le retard de paiement (coût de financement, perte de trésorerie), et ils constituent un signal fort envoyé au débiteur que vous connaissez vos droits et êtes prêt à les défendre intégralement.

En droit commercial français, les pénalités de retard sont dues de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans qu'il soit nécessaire d'envoyer une mise en demeure préalable (article L. 441-10 du Code de commerce).

Le cadre légal : article L. 441-10 du Code de commerce

Les intérêts de retard entre professionnels sont régis principalement par l'article L. 441-10 du Code de commerce (anciennement L. 441-6 avant la recodification opérée par l'ordonnance du 24 avril 2019). Cet article fixe les règles applicables à toutes les transactions commerciales entre professionnels et précise notamment :

  • Le délai de paiement légal maximal (30 jours par défaut, 60 jours conventionnels à compter de la date d'émission de la facture) — le détail est traité dans notre article sur les délais de paiement entre professionnels.
  • Le taux minimum des pénalités de retard, qui ne peut pas être inférieur à 3 fois le taux d'intérêt légal.
  • L'obligation de mentionner le taux de pénalités dans les conditions générales de vente.
  • L'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros, due automatiquement dès le premier jour de retard.

Ces dispositions sont d'ordre public dans leur grande majorité : les parties ne peuvent pas les écarter par contrat au détriment du créancier. Toute clause prévoyant un taux inférieur au minimum légal est réputée non écrite.

Le taux applicable en 2026 : entre professionnels

Pour les créances commerciales entre professionnels, la loi prévoit que le taux des pénalités de retard doit être au minimum égal au taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) majoré de 10 points de pourcentage. Ce mécanisme d'indexation sur le taux BCE garantit que les pénalités restent significatives même dans un contexte de taux variables.

Période Taux BCE de référence Taux légal minimum (BCE + 10 pts)
1er semestre 2024 4,50 % 14,50 %
2e semestre 2024 4,25 % 14,25 %
1er semestre 2025 3,15 % 13,15 %
2e semestre 2025 2,15 % 12,15 %
1er semestre 2026 2,15 % 12,15 %
2e semestre 2026 (en cours) 2,40 % 12,40 %

Note : les taux BCE sont indicatifs et basés sur les opérations de refinancement principales de la BCE. Le taux applicable pour un semestre donné est celui en vigueur le 1er jour du semestre concerné. Vérifiez les données BCE pour le taux exact applicable à votre créance.

L'indemnité forfaitaire de 40 euros : automatique et cumulable

En plus des intérêts de retard, l'article D. 441-5 du Code de commerce prévoit une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture impayée. Cette indemnité est due dès le premier jour de retard, automatiquement, sans qu'il soit nécessaire de la réclamer formellement dans un courrier préalable.

Elle est cumulable avec les pénalités de retard et s'applique à chaque facture individuellement. Ainsi, si vous avez 5 factures impayées, vous pouvez réclamer 5 × 40 = 200 euros d'indemnités forfaitaires, en plus des intérêts de retard calculés sur chaque facture.

Si vos frais réels de recouvrement (honoraires d'avocat, frais d'huissier) dépassent 40 euros, vous pouvez demander une indemnisation complémentaire sur justificatifs, conformément à l'alinéa 2 de l'article D. 441-5.

Comment calculer les intérêts de retard

Formule de calcul

Intérêts = Montant TTC × Taux annuel × (Nombre de jours de retard ÷ 365)

Le montant TTC est retenu car c'est la somme que le débiteur devait régler. Le nombre de jours de retard se calcule depuis le lendemain de la date d'échéance jusqu'au jour du paiement effectif (ou jusqu'à la date de votre réclamation si le paiement n'est pas encore intervenu).

Exemple concret

Votre client doit régler une facture de 24 000 € HT, soit 28 800 € TTC, échue le 31 juillet 2026. Il paie (ou vous réclamez) le 21 septembre 2026, soit 52 jours de retard. Le taux applicable au 2e semestre 2026 est de 12,40 % par an.

Application numérique

28 800 € × 12,40 % × (52 ÷ 365) = 508,77 €

Auxquels s'ajoute l'indemnité forfaitaire de 40 €, soit un total de 548,77 € de pénalités en sus du capital de 28 800 € TTC.

Pour chiffrer votre propre créance en quelques secondes, notre calculateur d'intérêts légaux 2026 applique ces règles automatiquement : taux du semestre concerné, décompte des jours et indemnité de 40 € par facture.

Comment réclamer les intérêts de retard

En matière commerciale, ces pénalités sont dues sans formalité — mais un débiteur ne les règle jamais spontanément. En pratique, elles se réclament au moment de la mise en demeure d'avocat, dont le décompte chiffré est précisément l'un des leviers : l'avocat y arrête, jour par jour, le montant total exigible, à savoir :

  1. Le capital dû (montant TTC de chaque facture impayée).
  2. Les pénalités de retard calculées jour par jour depuis l'échéance.
  3. L'indemnité forfaitaire de 40 euros par facture.
  4. Les éventuels frais de recouvrement supplémentaires si leur montant justifié excède 40 euros.

Un décompte établi par un avocat change la lecture que le débiteur fait du courrier : il constate que le dossier est déjà chiffré comme il le serait devant le juge, et que chaque jour de silence alourdit sa dette. Et si la mise en demeure reste sans effet, ce même décompte fonde directement la demande en justice (par exemple une injonction de payer ou une assignation en paiement), sans reprise du dossier.

Que faire si votre contrat prévoit un taux différent ?

Vos conditions générales de vente peuvent prévoir un taux de pénalités différent du minimum légal. Deux situations :

  • Taux supérieur au minimum légal : parfaitement valable. Vous pouvez appliquer le taux contractuel, qui peut être significativement plus élevé (certaines CGV prévoient des taux de 18 à 24 % par an).
  • Taux inférieur au minimum légal : la clause est réputée non écrite. Vous appliquez le taux légal minimum d'office.

En l'absence de toute mention dans les CGV ou le contrat, c'est le taux légal minimum (BCE + 10 points) qui s'applique automatiquement.

Précision : ce régime est propre aux relations entre professionnels — face à un client particulier (B2C), seuls les intérêts moratoires de l'article 1231-6 du Code civil courent, à compter de la mise en demeure, un contentieux hors du périmètre de cet article comme du cabinet.

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Attention : la clause pénale ne remplace pas les intérêts légaux

Certains contrats prévoient une clause pénale (article 1231-5 du Code civil) : une somme forfaitaire due en cas d'inexécution d'une obligation. Cette clause pénale est distincte des intérêts de retard légaux et peut s'y ajouter, sauf si le contrat précise qu'elle s'y substitue.

Attention toutefois : le juge a la faculté de modérer ou d'augmenter la clause pénale si elle est manifestement excessive ou dérisoire au regard du préjudice réellement subi. Les intérêts légaux, eux, ne peuvent pas être réduits par le juge.

Pourquoi ne pas systématiquement réclamer les pénalités ?

Certains créanciers hésitent à réclamer les intérêts de retard par crainte de détériorer la relation commerciale. C'est une position compréhensible pour un client stratégique avec qui vous souhaitez préserver des liens durables. Mais dans un contexte de recouvrement contentieux — où la mise en demeure est déjà engagée — il n'y a aucune raison stratégique de renoncer à ces sommes auxquelles vous avez légalement droit.

Au contraire, réclamer l'intégralité de la créance (capital + intérêts + indemnité forfaitaire) renforce votre position et incite le débiteur à régler rapidement pour éviter que la dette ne continue de grossir.

FAQ — Questions fréquentes sur les intérêts de retard

Quel est le taux des intérêts de retard entre professionnels en 2026 ?

Le taux des pénalités de retard entre professionnels doit être au minimum égal au taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) majoré de 10 points de pourcentage. Au 1er semestre 2026, ce minimum s'élève à 12,15 % ; au 2e semestre 2026, il est de 12,40 % (taux BCE de 2,40 % + 10 points). Le taux applicable pour un semestre donné est celui en vigueur le 1er jour du semestre concerné.

Faut-il envoyer une mise en demeure pour que les pénalités de retard soient dues ?

Non, en matière commerciale : les pénalités de retard sont dues de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans mise en demeure préalable (article L. 441-10 du Code de commerce). En pratique, la réclamation s'effectue toutefois idéalement dans le cadre de la mise en demeure, avec un décompte précis de la créance totale. Pour les créances civiles (B2C ou entre particuliers), c'est l'article 1231-6 du Code civil qui s'applique et les intérêts moratoires courent à partir de la mise en demeure.

Qu'est-ce que l'indemnité forfaitaire de 40 euros ?

L'article D. 441-5 du Code de commerce prévoit une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture impayée, due automatiquement dès le premier jour de retard. Elle est cumulable avec les pénalités de retard et s'applique à chaque facture individuellement : 5 factures impayées ouvrent droit à 200 euros d'indemnités forfaitaires. Si vos frais réels de recouvrement dépassent 40 euros, une indemnisation complémentaire peut être demandée sur justificatifs.

Comment calculer les intérêts de retard sur une facture impayée ?

La formule est : montant TTC × taux annuel × (nombre de jours de retard ÷ 365). Les jours de retard se comptent du lendemain de la date d'échéance jusqu'au jour du paiement effectif. Exemple : une facture de 28 800 € TTC (24 000 € HT) payée avec 52 jours de retard au 2e semestre 2026 (taux de 12,40 %) génère 508,77 € d'intérêts, auxquels s'ajoute l'indemnité forfaitaire de 40 €, soit 548,77 € de pénalités au total.

Que se passe-t-il si le contrat prévoit un taux inférieur au minimum légal ?

La clause est réputée non écrite : vous appliquez d'office le taux légal minimum (taux BCE + 10 points). Un taux contractuel supérieur au minimum légal est en revanche parfaitement valable — certaines CGV prévoient des taux de 18 à 24 % par an. En l'absence de toute mention dans les CGV ou le contrat, c'est le taux légal minimum qui s'applique automatiquement.

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