Procédures d'exécution

Sa SCI percevait 4 200€ de loyers chaque mois. On a saisi à la source.

27 avril 2026 | Par Maître Yankel Bensimhon | 8 min de lecture
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Un titre exécutoire, et un débiteur qui paraissait sans rien

Stéphane était entrepreneur individuel dans le second œuvre. Trois ans plus tôt, il avait livré une rénovation complète pour le compte d'un particulier — un dirigeant indépendant, propriétaire de plusieurs biens immobiliers, qui s'était volatilisé sans régler le solde de 52 000 euros. Stéphane avait obtenu un titre exécutoire à l'issue d'une procédure d'injonction de payer non contestée. Mais l'exécution s'était heurtée au mur classique : compte bancaire personnel quasi vide, pas de salaire saisissable puisque le débiteur était lui-même chef d'entreprise, pas de véhicule à son nom.

Sur le papier, le débiteur paraissait sans rien. En réalité, il vivait très correctement. Stéphane le voyait régulièrement dans le quartier, conduisant un véhicule qui n'était pas immatriculé à son nom, fréquentant des restaurants où il réglait sans hésiter. Le décalage entre l'apparence d'insolvabilité et le train de vie réel était flagrant. Il fallait comprendre où passaient ses revenus.

Les recherches préalables : ce qu'on a trouvé sur la situation patrimoniale

Quand un débiteur paraît sans actif mais conserve un train de vie élevé, les revenus passent presque toujours par une structure interposée. C'est ce qu'on a cherché à confirmer.

Le commissaire de justice, sur réquisition fondée sur le titre exécutoire et l'article L.152-1 du Code des procédures civiles d'exécution, a interrogé le fichier FICOBA pour identifier l'ensemble des comptes bancaires détenus par le débiteur. Un seul compte personnel actif est apparu, avec un solde tournant autour de quelques centaines d'euros. La consultation des données SIRENE et Infogreffe a en revanche révélé l'existence de plusieurs participations : le débiteur était associé majoritaire d'une SCI familiale, propriétaire de deux biens immobiliers donnés en location.

Une recherche complémentaire au service de la publicité foncière a confirmé que la SCI possédait, entre autres, un local commercial donné en bail à une enseigne de restauration nationale et un appartement loué à un particulier. Le bail commercial prévoyait un loyer mensuel de 4 200 euros hors taxes, payé par virement à la SCI le 5 de chaque mois.

Quand le débiteur perçoit des revenus via une SCI dont il est associé, deux voies coexistent : la saisie-attribution sur les distributions effectivement versées par la SCI à l'associé, et — plus rarement maîtrisée — la saisie des droits sociaux eux-mêmes (parts de SCI), avec mise en vente forcée le cas échéant.

Le bon angle : saisir au bon niveau du flux

L'erreur fréquente consiste à vouloir saisir les loyers directement entre les mains du locataire, comme si le débiteur en était personnellement créancier. Ce n'est pas le cas : juridiquement, le créancier des loyers, c'est la SCI, personne morale distincte de ses associés. La saisie-attribution entre les mains du locataire, signifiée au profit du créancier personnel d'un associé, serait inefficace — le tiers saisi déclarerait à juste titre n'être débiteur d'aucune somme envers la personne désignée dans l'acte.

Le bon angle d'attaque est plus subtil. Il faut saisir les distributions que la SCI verse à son associé débiteur — soit en compte courant d'associé, soit en distribution de bénéfices, soit en remboursement d'avances. Ces flux sont des créances de l'associé contre la SCI, et donc saisissables entre les mains de la SCI agissant comme tiers saisi. Les articles L.211-1 et R.211-1 et suivants du Code des procédures civiles d'exécution organisent cette saisie-attribution sur créances à exécution successive.

Concrètement, l'huissier signifie l'acte au siège social de la SCI. Celle-ci, en sa qualité de tiers saisi, est tenue de déclarer toutes les sommes qu'elle doit ou devra à l'associé débiteur — y compris les sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé, les bénéfices à distribuer, et les loyers nets de charges qui lui reviennent au prorata de ses parts. La déclaration doit intervenir sur-le-champ ou, à défaut, dans les trois jours, conformément à l'article L.211-3 du même code.

L'effet immédiat de la signification

L'acte de saisie a été signifié à la SCI un mardi matin. Le gérant — qui se trouvait être le débiteur lui-même — a accusé réception de l'acte et a reçu communication, dans la foulée, de l'obligation déclarative. À partir de cet instant, les sommes qu'il aurait fait remonter de la SCI vers son compte personnel auraient été déclarables au créancier — sous peine, pour la SCI, d'engager sa propre responsabilité au paiement de la dette en application de l'article L.211-3 alinéa 2.

La déclaration du tiers saisi est arrivée trois jours plus tard. Elle révélait un compte courant d'associé créditeur de 18 600 euros au profit du débiteur, et une distribution de bénéfices décidée mais non encore versée pour l'exercice clôturé, d'un montant de 11 200 euros. Soit, à l'instant T, plus de 29 800 euros immédiatement attribués au créancier.

Pour le solde, j'ai parallèlement engagé une saisie des droits d'associés : les parts détenues par le débiteur dans la SCI ont été frappées d'indisponibilité. La menace de mise en vente forcée des parts, dans un contexte de SCI familiale, a produit un effet de négociation immédiat. Six mois après la première saisie, un protocole transactionnel a soldé le dossier : paiement intégral du principal, des intérêts depuis la mise en demeure initiale, et de l'article 700 obtenu lors de la procédure d'injonction.

Ce que ce dossier illustre vraiment

L'enseignement principal n'est pas tant procédural qu'analytique. Quand un débiteur paraît insolvable, la première question n'est jamais « comment saisir » mais « où passe l'argent ». Un débiteur qui maintient un train de vie tout en se présentant sans ressources a presque toujours organisé une interposition : société, SCI, holding, structure familiale. L'identifier suppose un travail de recherche patrimoniale méthodique — registres du commerce, fichiers bancaires, publicité foncière, parfois enquêtes de voisinage. C'est un travail qui demande du temps et qui n'est pas systématique, mais c'est souvent la différence entre récupérer la créance et la radier.

Une remarque utile : la SCI n'est pas un sanctuaire. Elle protège l'associé contre les créanciers de la société, et elle complique la saisie directe des biens immobiliers, mais elle ne met pas à l'abri les flux qu'elle reverse à ses associés. La saisie-attribution bien construite suit ces flux où qu'ils se trouvent. Elle est lente, elle suppose un titre exécutoire, mais elle est redoutable contre les débiteurs qui s'organisent.

Une dernière précision honnête : ce type de schéma fonctionne quand la SCI a une activité réelle et des flux financiers réguliers. Quand la structure est purement formelle, sans loyer perçu, sans bénéfice distribué, le compte courant d'associé peut être à zéro et la saisie ramène peu. Tout dossier patrimonial commence donc par l'analyse comptable — et c'est ce qui distingue un recouvrement efficace d'une exécution à l'aveugle.

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