Procédures d'exécution

Un chèque rebondi de 18 000€, et un titre exécutoire obtenu sans audience en six semaines

Mis à jour le 28 avril 2026 | Par Maître Yankel Bensimhon, Avocat au Barreau de Paris | 8 min de lecture
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Un chèque, une banque, et un mot que personne n'avait envie d'entendre

Karim m'a écrit un mercredi soir. Il dirige une petite société de négoce de matériaux dans l'Oise. Quinze jours plus tôt, il avait livré une commande de 18 000 euros à un client qu'il connaissait depuis deux ans — un revendeur de la région, sérieux jusqu'alors, qui réglait toujours par chèque à la livraison. Cette fois-ci, le chèque avait été remis comme d'habitude. Karim l'avait déposé le lendemain. Et trois jours après, il avait reçu de sa banque l'avis de rejet : « provision insuffisante ».

Il avait commencé par téléphoner. Le client avait promis de régulariser sous quarante-huit heures. Une semaine plus tard, rien n'avait bougé. Une nouvelle représentation à l'encaissement : nouveau rejet. Karim avait alors envoyé un SMS plus ferme. Réponse évasive, puis silence. Quand il m'a écrit, il pensait devoir engager une procédure d'injonction de payer, voire une assignation au fond, et il craignait de devoir attendre des mois avant de tenir un titre. Je lui ai expliqué qu'il existait une voie beaucoup plus directe — souvent ignorée des créanciers — et que le délai et le coût n'avaient rien de comparable.

Ce que la banque délivre quand un chèque rebondit pour la deuxième fois

Le mécanisme repose sur les articles L.131-69 à L.131-73 du Code monétaire et financier. Quand un chèque est rejeté pour défaut ou insuffisance de provision et qu'il n'a pas été régularisé dans les trente jours suivant la première représentation, la banque tirée délivre au porteur, sur sa demande, un certificat de non-paiement. Ce document est l'acte fondateur de toute la procédure : il constate officiellement le défaut de provision, désigne le tireur du chèque, et identifie le porteur impayé.

Karim avait reçu un premier avis de rejet de sa banque mais n'avait jamais demandé le certificat lui-même. C'est un point que les créanciers négligent presque systématiquement. Le certificat de non-paiement n'est pas l'avis de rejet : c'est un document distinct, qu'il faut explicitement demander à sa banque, et qui n'est délivré qu'après l'expiration du délai de régularisation. Sans ce certificat, la procédure ne peut pas démarrer. Avec lui, tout va très vite.

Le certificat de non-paiement délivré par la banque est l'élément déclencheur. Tant qu'il n'est pas demandé, le porteur reste un simple créancier de droit commun. Une fois entre ses mains, il dispose d'une voie d'exécution accélérée que peu de débiteurs connaissent — et dont l'effet psychologique est immédiat.

La signification au tireur : la dernière chance avant l'exécution forcée

Une fois le certificat reçu, j'ai mandaté un commissaire de justice pour le signifier au tireur du chèque, conformément à l'article L.131-73. La signification vaut commandement de payer. Elle ouvre un délai de quinze jours pendant lequel le débiteur peut soit régulariser sa situation, soit saisir le juge pour contester. Passé ce délai, et c'est là que se joue toute la singularité du mécanisme, le commissaire de justice délivre lui-même un titre exécutoire, sans intervention d'aucun juge, sans audience, sans procédure judiciaire à proprement parler.

Cette particularité est unique en droit français. Aucune autre voie ne permet à un créancier d'obtenir un titre exécutoire sans passer devant un magistrat. La justification historique tient à la nature même du chèque : un chèque sans provision est, par définition, un trouble à l'ordre public économique. Le législateur a donc voulu offrir au porteur impayé une procédure exceptionnellement rapide, à la fois pour le réparer et pour dissuader les émissions sans provision.

Dans le dossier de Karim, l'acte de signification a été remis au tireur un lundi matin, en l'étude. Il a refusé de retirer le pli mais l'acte a été signifié à étude conformément à l'article 656 du Code de procédure civile. Quinze jours plus tard, aucune régularisation n'avait été opérée et aucune contestation n'avait été enregistrée au greffe du tribunal judiciaire. Le commissaire de justice a alors délivré le titre exécutoire — un acte d'apparence anodine, mais qui ouvre la voie à toutes les mesures d'exécution forcée prévues par le Code des procédures civiles d'exécution.

Du titre à l'argent : la séquence d'exécution

Tenir un titre exécutoire, c'est bien. Encaisser, c'est mieux. La phase suivante a été immédiate. Sur la base du titre, le commissaire de justice a interrogé le fichier FICOBA pour identifier les comptes bancaires du débiteur. Trois comptes sont apparus, dont un compte professionnel actif chez la même banque qui avait rejeté le chèque initial. La saisie-attribution a été pratiquée le surlendemain. Le compte n'était pas vide : il a permis de régler la totalité du principal de 18 000 euros, les frais de rejet bancaire qui restent à la charge du tireur en application de l'article L.131-72, les intérêts au taux légal depuis la première présentation, et les frais de procédure.

De la première démarche à l'encaissement effectif, il s'est écoulé six semaines. À titre de comparaison, une procédure d'injonction de payer aurait demandé deux à quatre mois rien que pour obtenir l'ordonnance, sans compter le délai d'opposition d'un mois après signification, et la procédure éventuelle au fond en cas de contestation. L'injonction de payer reste une excellente voie pour la créance contractuelle ordinaire ; mais quand un chèque sans provision est en cause, ignorer la voie spécifique du certificat de non-paiement, c'est se priver d'un raccourci considérable.

Les limites à connaître avant de s'engager

Cette procédure est puissante, mais elle suppose plusieurs conditions cumulatives qu'il faut avoir en tête. D'abord, elle ne s'applique qu'au chèque — pas au virement annulé, pas au prélèvement rejeté, pas à un effet de commerce impayé. Ensuite, le chèque doit avoir été présenté à l'encaissement dans le délai légal, c'est-à-dire huit jours pour un chèque émis et payable en France métropolitaine en application de l'article L.131-32 du même code. Au-delà, le porteur perd son recours cambiaire, même si la créance sous-jacente reste exigible par voie ordinaire.

Par ailleurs, si le débiteur conteste sérieusement le chèque — il invoque par exemple une opposition pour perte ou vol, ou une cause de nullité de la cause sous-jacente —, la procédure simplifiée se heurtera au juge dans le délai de quinze jours suivant la signification. Dans ce cas, l'affaire bascule en procédure ordinaire. Mais ces contestations sont rares et difficiles à soutenir : un chèque émis sans provision suffisante crée une présomption de mauvaise foi au moins économique, que le tireur peine à renverser.

Enfin, et c'est l'avertissement le plus utile à garder en tête : la procédure ne fait pas apparaître de l'argent. Si le débiteur est insolvable, si ses comptes sont vides et qu'il n'a aucun actif saisissable, le titre exécutoire restera un papier. C'est pourquoi, dès la phase initiale, il est utile d'engager les recherches patrimoniales en parallèle de la signification — pour qu'au quinzième jour, l'huissier ait déjà identifié la banque où exécuter.

Pour Karim, la combinaison a fonctionné. Mais le vrai enseignement, c'est qu'il avait perdu trois semaines à téléphoner, à attendre, à espérer une régularisation amiable. Si la procédure avait été engagée dès le premier rejet, l'encaissement aurait pu intervenir un mois plus tôt. Quand un chèque rebondit, l'horloge tourne — et avec elle, le risque que le compte se vide au moment où l'on veut saisir.

Un chèque rebondi, un débiteur qui temporise ?

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